Tizi la pluie accrocheuse qui glace, Tizi le plafond bas de nuages épais qui gâche tout du paysage kabyle, Tizi l’odeur toute particulière de la neige tombée dans la nuit sur Jurjura, et pour finir d’enfoncer la tête dans le col et les mains au fond des poches, Tizi la panne d’électricité générale qui transforme les flaques d’eau la nuit en redoutables pièges glacés. La prison n’est pas un univers qui réchaufferait cette ambiance désolée à priori, celle de Tizi Ouzou pas plus qu’une autre avec son mur d’enceinte tellement haut qu’on se demande pourquoi on en a garni le sommet de barbelés. Dans la cafétéria, un billard américain au tapis lacéré qui rend les trajectoires incertaines, et un manche à balai en guise de queue. Pourtant, la partie ne rassemble pas moins de dix personnes qui submergent les deux joueurs d’avis forcément avisés et contradictoires.
Un peu plus tard dans cette salle, le spectacle du soir s’offre comme une belle surprise, dès le premier instant, une de ces séances où le contact avec le public des détenus, s’établit tout de suite intensément, le jeu se déroule sur un fil de grande justesse. Rien à forcer, rien à retenir, chacun est à sa place, vif et pétillant. C’est aussi un baromètre des relations qui existent à l’intérieur de l’établissement entre détenus et gardiens, car l’étincelle apportée par les clowns ne suffirait pas à elle seule à créer cette belle flamme.