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Petit journal de bord 3 janvier 2005  5 janvier 2005 par Barbara Boichot
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San Luis Potosi, Mexique : RESUME
Nous étions venus en mars dernier pour jouer un de nos spectacles « profession voyageur » lors du festival de San Luis Potosi. Parmi toutes les représentations, nous en avions fait une, dans une prison pour enfants, et nous en étions sortis très démoralisés, même si le spectacle s’était très bien passé et qu’il avait été vécu comme un cadeau. Cela nous paraissait peu de chose, et nous avons voulu mettre en place avec ses enfants, un projet a long terme.

Un premier volet, ce mois de janvier permettra de mener des ateliers Théâtre et Percussions avec 35 adolescents de la prison de San Luis Potosi et Miguel Vazquez animateur et journaliste au centre pénitentiaire pour mineurs. Ces rencontres se poursuivent par des correspondances via Internet avec des élèves d’une classe de seconde espagnol de Sevran (93). Cette expérience aboutira à la présentation d’un premier spectacle avec ces enfants, en vue de deux créations en correspondance au Mexique et en France.

En octobre prochain, nous retournons au Mexique pour travailler avec l’Orchestre National de San Luis Potosi, son Chef José Miramontes, et le groupe d’adolescents de la prison de San Luis autour de la création d’un spectacle théâtral et symphonique.

De retour en France, nous retranscriront avec la classe d’Orchestre de Bagnolet et une classe primaire de Bagnolet, une composition (compositeur et Chef d’Orchestre Horia Surianu) et une création d’après les rencontres mexicaines recueillies sous forme de textes, d’images et de sons. Ce spectacle dont les porte-paroles du Mexique seront Miguel Vazquez, interprète et José Miramontes, chef d’orchestre est prévu en France pour mars 2006. En attendant, voici quelques nouvelles...


Nous y voilà. Je suis arrivée la première de notre équipe à Mexico, le premier janvier. Le reste de l’équipe : Alain Mignon et Nicolas Gorge arrivera aux environs du 13 janvier. M’attendait a l’aéroport Miguel, notre ami connu lors du premier voyage, puisqu’il était traducteur durant nos différentes dates au Mexique. Il sera notre interprète durant les cinq semaines de travail dans la prison. Nous avons décidé de rester à Mexico, après 13 heures de vol, je ne me sentais pas trop de faire encore les six heures de bus qui nous séparaient de San Luis. Miguel venait également de faire les six heures de bus pour me récupérer, sorti comme moi d’un nouvel an nous menant dans nos pays respectifs, à une heures plus que tardive, peut être même je pourrais dire matinale. Hier petite promenade dans Mexico. Puis bus jusqu’à San Luis. Arrivée le soir, hébergée chez Miguel.

Matinée à la mexicaine, nous attendons une heure et demi la personne qui doit me montrer mon appartement. Finalement, un appel nous annonce que nous aurons une réunion en début d’après midi. Puis, après avoir cherché notre véhicule tant attendu en essayant d’ouvrir toutes les voitures d’un pâté de maison afin de trouver la nôtre, nous nous rendons enfin à la prison ou les enfants nous attendent. Je ne sais pas pourquoi ces enfants sont enfermés et je ne veux pas le savoir. Je sais juste que ce ne sont que des enfants. Ce qu’ils ont fait, ils l’ont fait, mais est-ce que l’on peut réellement les tenir pour responsables ?

Les adultes encadrants ne peuvent s’empêcher de vouloir me raconter. Je les stoppe comme je peux, mais les informations non désirées arrivent contre ma volonté. Je ne veux pas savoir. Non pas que je manque d’intérêt. Mais je veux regarder chaque individu avec un regard propre et dénué d’à priori. Si l’enfant vient me parler de lui c’est autre chose. J’écoute avec attention et prends ses confidences comme un cadeau. Je ne porte aucun jugement, j’écoute et je pose des questions. Les administrations présentes et pesantes, souhaitent que je ne fasse le premier jour qu’une petite présentation. Je suis très docile, je m’exécute, alors que d’ordinaire, je dis bonjour et je commence directement, les discours me paraissant toujours superflus. Je vois les enfants, tout se passe bien. Je leurs parle des textes qu’ils ont écrits avec Miguel (qui intervient depuis novembre dans la prison, en préparation de notre venue, et se charge des ateliers d’écriture). Miguel me les avait lus ce matin, j’y ai trouvé des choses très belles et parfois extrêmement puissantes.

Dans la prison il n’y a que quatre filles, complètement séparées des garçons mais dans le même bâtiment. Nous tenterons de les intégrer au groupe, et j’ai donc commencé à préparer le terrain. On verra ce qu’ils ont retenu de mon petit discours. Un petit succès également, lorsque j’ai été obligée de remettre en place les deux gardiens présents, puisque dans le silence des enfants qui m’écoutaient, seuls ces deux adultes étaient bruyants. J’ai fait mine de leur mettre une raclée s’ils continuaient. Les gardiens se sont tus et les enfants, sans faire exploser leur joie, jubilaient en silence. Ils ont le regard d’enfants, des attitudes d’enfants, comme on dit : ils ont vraiment de bonnes bouilles, et même si pour la majeure partie d’entre eux, ils sont internés pour des petits délits : vols, drogue, il est bizarre de s’imaginer que quelques uns sont là pour viol, et deux, pour assassinat. Je ne veux pas encore faire de photos, c’est trop tôt.

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