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Journal de bord. 04 et 05 janvier 2005.  7 janvier 2005 par Barbara Boichot
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San Luis, 4 janvier 05
Voilà, nous avons enfin commencé. Nous avons travaillé de 16 heures à 20 heures. Les enfants sont au nombre de 36. Ils ont entre 12 et 16 ans… Ensuite si leur peine n’est pas terminée, ils intégreront la prison de 2000 détenus adultes qui est juste à côte.

La séance s’est extrêmement bien passée. Deux jeunes filles ont intégré l’équipe. Avant qu’elles n’arrivent, j’ai dit aux garçons que je ne les forcerais pas à rester, et que la balle était dans leur camp. Soit ils étaient sympathiques et respectueux et elles auraient envie de revenir, soit ils se comportaient mal, et si elles souhaitaient partir, je ne pourrais pas les retenir. Elles sont arrivées très impressionnées et en ayant très peur. Ils ont été exemplaires, et si un deux se lâchait quelques fois par une réflexion vulgaire, les autres garçons les remettaient en place. Les filles souhaitent revenir demain, je suis contente.

Bien entendu, arrive le moment où l’on travaille par deux, je ne voulais pas mettre les supers copains ensemble et les filles ensemble. J’ai fait très attention au choix des garçons que j’allais mettre avec les filles. J’ai choisi deux jeunes hommes, que j’avais repérés comme très respectueux, intelligents et gentils (doux même). Je ne me suis pas trompée. C’était un travail très physique, puisque nous travaillions la « bagarre », et les corps sont très proches. Ils ont très bien réussi à travailler avec les filles. Évidemment, c’est à la fin de la séance, que j’ai su que j’avais choisi les deux tueurs.

Durant la pause goûter, je me suis rendue compte que ne mangeaient que ceux qui avaient de l’argent, puisque c’est une boutique qui les sert à l’intérieur même de la prison. J’ai posé des questions et la directrice de la prison me disait qu’elle n’avait pas assez de budget pour les repas, qu’ils en étaient même réduits à couper le lait. C’est hallucinant d’injustice, un projet comme le nôtre où trois personnes arrivent de France pour faire du théâtre, projet qui coûte une fortune pour les Mexicains, et des gamins qui ne mangent pas à leur faim… J’en ai eu presque honte.

Les enfants intègrent à une vitesse incroyable toutes les informations, si certains font du bruit, ce sont les autres qui demandent le calme. Au bout d’une heure de travail le sourire était sur tout les visages, tous ont participé même ceux qui avaient fermement décidé de ne rien faire. Je vais par contre réduire d’une heure les séances. Ils se lèvent à 6 heures, ont une journée d’école bien remplie et ont tout un tas de tâches ménagères à assumer. Ils sont très fatigués, et je préfère qu’ils durent le mois, même s’ils me disent qu’ils veulent bosser jusqu’à 20 heures. Je n’ose toujours pas faire de photos.

San Luis mercredi 5 janvier 05
Le mercredi à la prison, c’est la journée des visites des parents, nous ne travaillerons ce jour que deux heures. Je les ai récupérés un peu ramollos, mais ils se sont remis très vite au boulot. Nous avons fait une séance de travail très efficace. Concernant les filles, elles sont toujours avec nous, une des deux me paraît un peu chochotte et est venue se plaindre de l’attitude des garçons. Bien évidemment, je ne peux pas savoir si en douce ils leur font des réflexions, mais j’ai plutôt l’impression qu’elle est terriblement susceptible et qu’elle a beaucoup de mal à supporter le regard des autres. Nous avons eu une petite conversation et j’ai soutenu les garçons en lui disant qu’à mon sens ils étaient irréprochables, et que si elle finissait par accepter le regard de 34 garçons comme eux, il ne pourrait plus rien lui arriver, le regard du public sera pour elle une véritable rigolade. L’autre commence à trouver sa place, et comme théâtralement, elle s’y met, les garçons commencent à l’avoir à la bonne, ils l’ont même tous applaudie lors d’un exercice ou elle était très concentrée.

Les garçons sont également terrorisés à l’idée qu’une des filles se plaignent d’eux, et ont peur du châtiment. Je les ai rassurés en leur disant que je les trouvais très respectueux, et qu’à mon sens il n’y avait pas de problème. L’administration nous casse un peu les pieds... Ils ont toujours autre chose, et souhaitent nous réduire la séance de travail, puisque demain c’est la fête des rois, prévue évidemment durant notre séance de boulot. J’ai quand même réussi a récupérer une heure et demi.

Barbara

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