San Luis mercredi 6 janvier 05
Super, les gamins sont avec nous, nous bossons efficace, Ils intègrent à grande vitesse, je n’en sens pas un seul qui soit largué. Les filles ont eu le sourire toute la séance, elles se sont un peu plus balancées, il est vrai que nous nous sommes tous beaucoup amusés.
On me donne enfin la liste des enfants avec leurs âges et je me rends compte que nous en avons deux qui ont huit ans…
Nous papotons un peu avec les gamins qui cherchent vraiment le contact, et ils nous livrent des petits bouts d’histoires, toutes terribles ou déprimantes. J’apprends qu’une jeune fille est incarcérée pour abus sexuelle sur son cousin plus petit, elle doit avoir 12 ans à tout casser, dix au moment des faits peut être . A croire que les juges se font payer par les familles pour se débarrasser d’un enfant. En tout cas c’est l’effet que ça m’a fait. L’info venant des gamins, je demande confirmation auprès d’une adulte responsable, et on confirme !!!
Pour beaucoup, les conneries universelles, prise de colle dès la toute petite enfance parce que tous les autres du quartier le faisaient, et qu’ils ne savaient pas que ça pouvait être mauvais. Petits délits, vols, deale de drogues en tous genres. C’est un de leurs sujets préférés… Comment on se défonce en France ??? Ils me racontent qu’untel est déjà sorti 7 fois de la prison, et qu’on le ramène au bout de quelques semaines systématiquement. Probablement que hors de la prison ce gamin n’a, ou ni famille, ou une famille qui ne l’éduque en rien… et je ne suis pas sûre que la prison soit une bonne chose pour lui, si aucune préparation, ni aucun suivi ne se mettent en place pour sa sortie.
Nous nous tapons ensuite la première réunion de presse, je le prends avec décontraction, je sais que je ne vais pas y couper, et que nous allons avoir à subir les journalistes durant tous le mois. Plus ça va, et moins la presse m’intéresse, je n’ai aucune confiance dans les journalistes en général. J’en ai quand même rencontré quelques uns qui faisaient à peu près correctement leur boulot. Mais je suis souvent plus que déçue, quand ce n’est pas écœurée…
Je rencontre par contre un politique de la culture à San Luis, présent également pour la presse, et sa démarche et ses convictions m’ont complètement séduite. C’est bien qu’un mec comme ça soit à ce poste là, une vraie intelligence humaine et politique, une réflexion sur le rôle réel de la culture. Ici, le projet de la prison est quelque chose de tout à fait nouveau, c’est la première fois que ce genre de travail est mis en place. Notre venue est pour eux une véritable expérience nouvelle, et tous les services de la ville se sont assemblés pour mettre en place le projet. La culture, les affaires sociales, l’alliance française. C’est la première fois également pour eux qu’ils travaille ensemble. Frédéric Davanture, notre ami et directeur de l’alliance française, me dit que depuis notre passage dans la prison et mon cri de détresse à la sortie, ils n’ont cessé de se voir et se battent tous ensemble depuis pour repousser à l’âge de 18 ans le déplacement des enfants dans la prison pour adulte.
J’ai également demandé à Fred de se débrouiller pour me lever tous les interdits de photos à l’intérieur de la prison. La seule interdiction valable pour moi, c’est que l’enfant ne veuille pas que je le photographie. Autorisation acceptée…