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P’tit journal de bord 7 janvier 05  10 janvier 2005 par Barbara Boichot
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Je ne fais pas grand chose à part travailler, nos matinées sont prises pour la frappe des textes des enfants et leurs traductions. Quelques rendez-vous protocolaires de ci de là… Le résumé du travail accompli et la construction de la trame du spectacle, même si pour le moment rien ne presse encore. Mon énergie arrive vers 15 heures à l’approche de notre départ à la prison, et une fois avec les cocos, je me branche sur du 220 volts, et je ne me débranche pas avant la fin de la séance, où je sors vidée. Miguel a l’air ravi… J’ai besoin de susciter l’enthousiasme auprès des gens qui m’assistent, c’est un peu ma pile à moi. La directrice de la prison et Rosana qui est du service social et qui nous sert de chauffeur et de guide, sont super emballées également, les retours qu’elles ont des enfants leurs donnent envie de retourner le monde. Elles font tout pour nous soutenir et des énergies comme ça dans les institutions me redonnent un peu confiance dans une administration endormie.

La séance s’est encore une fois très bien passée, malgré la fatigue des enfants. Tous les jours les filles s’intègrent de mieux en mieux. Elles ont le sourire, et se défendent très bien sur le plateau. Je commence également à les séparer durant les exercices, et elles comprennent parfaitement que ce n’est pas une punition, et acceptent volontiers la démarche. Leurs corps sont moins tendus. Les premiers jours, lorsque je les touchais, elles étaient dures comme du béton, maintenant ça va déjà beaucoup mieux. Nous repérons vite les tensions dues à la promiscuité et arrivons toujours à désamorcer à temps. Les enfants sont complètement avec nous et cela fait 50% du travail.

Nous avons fait un atelier d’écriture en fin de séance, c’était très touchant de les voir si calmes et si concentrés. Ils ont depuis aujourd’hui un cahier rien que pour eux qui va leur servir de journal de bord. J’en ferai les traductions, mais ce cahier restera avec eux après mon départ. Tous ont écrit, même ceux qui ne voulaient absolument pas, et ils se sont piqués au jeu. La séance a duré beaucoup plus longtemps que prévue, il était impossible de les arrêter. Ceux qui ne « veulent » pas écrire (c’est comme ça que je l’ai formulé) utilisent Miguel comme secrétaire.

Nous mettons en place également, avec le service culturel de Sevran, une correspondance entre ces enfants et des classes sevranaises. Chaque enfant mexicain aura un ou deux enfants de France attitrés. Ils écriront donc toujours aux mêmes et pourrons entretenir une relation individuelle. Je fais des portraits de chacun d’eux afin que les enfants de France puissent voir un visage, et à Sevran, ils feront pareil. (J’ai eu l’autorisation de faire toutes les photos que je voulais). Pour le moment, nous avons commencé à écrire une « lettre à un ami français » puisque nous n’avons pas encore les noms. Les gamins sont ravis d’écrire aux français. Evidemment les garçons veulent écrire à des filles, et les deux filles m’ont fait rire parce qu’elle aussi elles voudraient écrire à des garçons… Elles en ont 34 sous la mains, mais non !!!! …Ah le charme de l’exotisme !!!

Je souhaiterais que les enfants français ne sachent pas forcément qu’ils écrivent à des « taulards », si un gamin d’ici raconte sa vie par écrit, c’est autre chose. Mais il me semble que ce n’est pas à nous de la faire. Peut-être qu’on ne doit le dire qu’aux adultes (enseignants et parents, pour éviter les surprises). Miguel pensait avoir un week-end de repos bien mérité, mais nous avons au moins notre samedi complet de traduction, ils en ont écrit des lignes et des lignes… Ils sont durs avec nous !!!!

Je commence l’envoi des photos….

Barbara

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