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Journal de Nicolas  8 février 2005 par Nicolas
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Lundi 17 janvier
Aujourd’hui première journée de travail avec les enfants du « consejo tutelar para minor de San Luis ». Arrivé au Mexique depuis 4 jours avec Alain Mignon et sa fille Shin, nous avons assisté vendredi à la séance de travail dirigé par Barbara Boichot depuis déjà deux semaines. Les enfants sont plein d’énergie, concentrés et motivés. Plusieurs ébauches de scènes sont déjà en place, c’est aujourd’hui à nous de jouer avec Alain pour mettre en place les premières propositions musicales sur les écrans tambours. Les enfants s’avèrent plutôt très doués : chaque proposition est comprise très vite. La méthode d Alain et Barbara est pensée pour être efficace et ça marche ! Les propositions rythmiques sont directement présentées avec la situation chorégraphique, physique correspondante. Les tableaux se mettent en place l’un après l’autre. On sent que les enfants sont excités de pouvoir taper sur les écrans tambours. Le résultat est vite assez propre, et les enfants prennent peut être plus conscience du résultat final. Barbara leur a dit : Dans trois jours, la structure du spectacle doit être en place. Alors tout le monde semble y mettre du sien. Ces 3 heures d’ateliers sont passées très vite. Les enfants semblent m’apprécier, les yeux brillent avec les sourires. Sérieux et bonne humeur sont au rendez-vous, vivement demain.

Mardi 18 janvier
19h30 fin d’atelier théâtre, les ados ont une demi heure pour écrire ce qu’ils veulent, s’ils le veulent, sur un cahier personnel. Le contenu devait au départ rester privé, seule Barbara et Miguel (notre interprète et ami) étaient censés le lire, mais, après permission des ados, quelques textes ont été diffusés sur internet depuis la semaine dernière. Les retours venant de France se multiplient depuis, les gens semblent complètement touchés par les écrits des enfants et de plus en plus rentrent en contact avec les ados pour lier une correspondance. Les ados en sont d’autant plus motivés, même si certains apprenant l’âge de leur correspondant (une femme de 42 ans par exemple) sont un peu déçus. Il réalise que des gens se préoccupent de leur sort à des milliers de km d’ici et ceci grâce au travail de Barbara (sous entendu de l’équipe, mais ça reste la chef !). Alain et moi avons continué aujourd’hui la mise en place des nouveaux tableaux rythmiques, tout le monde reste concentré, motivés et ils enregistrent très vite. C’est déjà l’heure, je me fais chasser par le balais.

Jeudi 20 janvier
Hier, pas d’atelier d’écriture à la fin de la séance. Le mercredi nous n’avons que deux heures avec les enfants, visites des familles obligent. Aujourd’hui pour la première fois nous avons commencé un filage arrêté du spectacle. La concentration était de rigueur et encore une fois, Barbara n’a pas trop à se plaindre : Les ados étaient en pleine forme, juste dans la bonne énergie. Pour ma part, je me suis intégré aux différentes scènes travaillées avant mon arrivée. C’était un plaisir, on sent les ados heureux et excités de concrétiser enfin ce fameux spectacle dont on leur parle depuis plus de deux semaines. Barbara exige le calme et la concentration à ce stade des répétitions et il est vrai que de l’intérieur ce n’est pas toujours facile à respecter. Bien entendu, je prends sur moi, pour surtout ne pas donner de mauvais exemples, (la chef ne me raterait pas) les ados se donnent de plus en plus dans leurs personnages, certains sont vraiment étonnants. Nous rigolons tous de beaucoup de situations, c’est encore un peu permis mais dans quelques jours, le silence sera de rigueur dans les coulisses, « comme de vrais professionnels » sic Barbara. Donc une superbe journée de travail : efficace. Hier soir à l’hôtel Barbara nous a lu la totalité de son journal ainsi que celui de quelques ados. N’étant pas sur le coup des traductions, Alain et moi finissions par être le moins informés sur les courriers. Voilà ce retard rattrapé et il est vrai que cette aventure par écrit est très émouvante. Ces textes très forts sortent du lot et on comprend mieux l’engouement de certains de l’autre côté de l’Atlantique. Je pense que nous avons tous hâte d’être demain pour continuer à préciser et fignoler ce spectacle. Aujourd’hui, je suis complètement passé dans leur camp et c’est un vrai plaisir ! A demain.

Vendredi 21 janvier
19 H fin de l’atelier. Une petite demi heure pour retrouver son journal… Encore une bonne séance avec cette fois-ci un peu de public. 7 ou 8 personnes de l’Alliance Française sont venus voir le travail. Evidemment les ados étaient dans un premier temps un peu tendus, avant la première scène, j’ai vu Oscar frissonner, je lui ai demandé s’il avait froid, il m’a répondu que non, qu’il était nerveux. Nous avons donc continué le filage arrêté de spectacle, comme l’a remarqué Barbara, ils étaient tous un peu ramollo, enfin, nous étions, puisque comme je le disais, je fais partie maintenant de l’équipe et je n’ai qu’à bien me tenir ! Apparemment les quelques spectateurs, ont tous été impressionnés par l’énergie et la concentration des ados, ainsi que par leur talent de comédiens. La fin de la séance a été applaudie et je pense que cela a réconforté d’autant plus l’équipe. (Nous compris) c’est toujours agréable d’avoir des premiers retours positifs. A suivre… Aujourd’hui manquait à l’appel Alexandre, un ado super bonne bouille, plutôt tendre auquel nous avions confié plusieurs responsabilités, dans le déroulement du spectacle. Il ne viendra plus parmi nous. La cause : à l’extérieur de la prison il est en danger de mort ! Sûrement par vengeance, une certaine bande aurait promis de le tuer à la moindre occasion. Sa sortie au théâtre dans San Luis en est une. Nous sommes très déçus, mais s’il s’agit de protéger une vie…La semaine prochaine, nous commencerons à travailler dans le théâtre dès mardi matin. Je suis très confiant, ce n’est maintenant que du fignolage, même s’il y a bien évidemment énormément du choses à régler et a préciser. Allez Hasta Lunes et bon week-end.

Lundi 24 janvier
Reprise avec plaisir des ateliers, malade tout le week-end, turista et début de grippe, je suis content de revoir mes collegas de la prison. Ce matin, Barbara Alain et moi avons visité le théâtre dans lequel nous travaillerons dès demain. C’est un bel espace, plutôt bien équipé. Une personne de la prison était présente afin de vérifier toutes les issues possibles (à verrouiller !) Il y a entre autre un escalier « de la liberté » qui, partant des loges, mène jusqu’aux toits, il sera évidemment bien gardé. Je crois qu’il y aura une dizaine de policier pour nous entourer en salle, dans les loges et dans les coulisses. C’était pour nous le dernier jours d’atelier dans la prison. Nous y repasserons dimanche après la représentation de midi, afin de leur proposer un diaporama des photos prises durant tout ce mois. Un petit repas d’adieu sera aussi prévu. Cela risque d’être émouvant. Je me sens de plus en plus attaché à chacun des ados. Les « Hola Nicolas » et les tapes sur l’épaule, se font plus nombreux et cela m’enchante. Aujourd’hui nous avons fait notre premier filage. Tout s’est passé comme sur des roulettes ou presque, ils m’ont encore tous étonné, mon mal de ventre et ma fièvre semblent avoir disparu. J’attends avec impatience demain pour voir toute l’équipe au théâtre en semi liberté. Cela va sûrement être un moment fort pour eux tous. Premiers pas sur un plateau de théâtre et première sortie à l’extérieur pour certain. Les visages sont resplendissants.

Mardi 25 janvier
Première journée de répétition au théâtre de 9h à 14h, les ados sont arrivés impressionnés, mais ils ont pris possession du plateau sans problème, toujours avec sérieux et concentration. Les gardiens de la prison n’en revenaient pas. Barbara a su leur mettre la pression juste comme il fallait et la répétition était intense. Chaque scène a été décortiquée, afin de préciser les entrées, sorties et emplacements de chacun. C’est de la joie qui se lit maintenant sur les visages. Cela fait toujours autant plaisir à voir. Quand à moi, je suis crevé mais content. (Toujours un peu mal au bide)

Jeudi 27 janvier
Les impressions à peine sorti de la première ! Première représentation avec un public d’ados, (environ 150/200 personnes, la pression et le trac étaient aux rendez-vous. Silencieux dans les coulisses, alors que le public entrait, les cœurs battaient très fort. Le résultat était impeccable, les ados du conselo tutelard ont enfin reçu le retour du public. Suivant les scènes, éclats de rires et émotions nous ont donné le plein d’énergie.
Hier, nous avons fait notre premier filage, suivi d’une générale face à une trentaine de personnes adultes Les réactions étaient beaucoup plus retenu qu’aujourd’hui, mais après le spectacle ils sont tous venus féliciter les ados, certains leur affirmant qu’ils avaient pleuré d’émotions. L’équipe est maintenant gonflée à bloc et semble déjà impatiente d’être ce soir. A 20 heures deuxième représentation de la journée.

Vendredi 28 janvier
Fin de la première représentation de la journée (celle de midi) Pas grand chose à dire spectacle impeccable ! Comme le souligne Barbara ils sont impressionnants dans la constance. Alors que la première représentation était impeccable. On aurait pu penser que le niveau allait baisser à un moment donné, mais non ! Cela progresse à chaque fois avec toujours plus d’aisance et de concentration. Le public est à chaque fois, passez- moi l’expression : « sur le cul ». Petits et grands n’en reviennent pas de voir un spectacle aussi professionnel monté en un mois avec des ados.
Et alors que chaque matin pendant la répétition, ils sont de plus en plus surexcités (on a presque du mal à les tenir), sur scène il n’y a rien à dire ! A part des compliments… Encore deux représentations, une ce soir et une dimanche. La fin de l’aventure approche mais je n’ose pas trop y penser. L’essentiel c’est que les ados se sont transformés, ils sont maintenant considérés d’une toute autre manière par les officiels (la directrice de la prison, gardiens, etc) et les ados dit normaux viennent nombreux aujourd’hui : salle comble.
Actuellement ils sont tous rassemblés sur le plateau et ils chantent tous ensemble accompagnés à la guitare par Miguel Angel. Un vrai moment de bonheur.

Dimanche 30 janvier
12h20 : dans dix minutes, c’est la dernière ! Cette fois-ci, nous retrouvons tous nos journaux avant la représentation. C’est le calme plat dans les loges ; cela va sûrement servir la concentration de chacun. Je pense que la journée va être intense en émotion. Après le spectacle, nous déjeunons tous ensemble à la prison, accompagnés des familles. En gros, c’est le jour des adieux et j’ai déjà le cœur serré. Allez, c’est le moment : "mierda" comme on dit en France !

Mardi 2 février
Je suis dans l’avion du retour et il est temps de finir ce journal laissé en plan à quelques minutes de la dernière.
Ce fut, comme je l’avais prédit, une longue et belle journée chargée en émotion. Tout d’abord, le spectacle fut parfait. D’après l’avis même de Barbara, ce fut probablement le meilleur. Les ados se sont donnés à fond dans l’énergie et la concentration. On sentait que chacun donnait le meilleur de lui-même, avec en tête, sûrement le sentiment de jouer la dernière, mais pour eux peut-être la dernière fois de leur vie sur un plateau de théâtre. Pendant la représentation, je fus même pris d’un frisson d’émotion, me retenant de verser une larme, la sensation d’une belle histoire qui allait réellement s’effacer, disparaître, s’éteindre à jamais.
La salle était remplie à bloc cette fois-ci. D’après certains, presque 400 personnes pour une contenance de 280 !! Des gens partout dans les travées, assis, debout ; les organisateurs ayant étés limites à refuser du monde. Mais ici, les normes de sécurité ne sont pas respectées à la lettre, alors, tant que ça rentre, on fait rentrer ! Pour le salut final : ovation du public plus distribution de fleurs, plus larme des familles, ont encore une fois failli me faire craquer… La plupart des familles étaient présentes sur le plateau. Pas mal d’ados ont eux aussi versé une larme avec leurs parents, ou sans…Je me suis retrouvé à prendre dans mes bras les deux filles (Consuela et Laura) en pleure, émues par ces derniers instants mais surtout très tristes que leurs parents n’aient pas pu trouver l’occasion une seule fois de venir les voir et les soutenir sur scène. Mais les adieux n’étaient pas pour tout de suite. Comme prévu, nous avions rendez-vous à la prison pour un dernier moment à partager avec nos ados et leurs familles.
15h, dans la prison, nous arrivons pour le repas du midi. La plupart des familles sont présentes dans la cour autour de plusieurs tables. La sono a été exceptionnellement installée à l’extérieur, les jus de fruit coulent à flot, il fait très beau : c’est la fête à la prison… Petite remarque : ne sont conviés que les ados qui ont participé au spectacle. C’est peut-être logique mais ça donne une scène un peu particulière : plusieurs enfants se retrouvent accrochés à une grille qui sépare les deux cours pour essayer de profiter un petit peu de cette fête exceptionnelle. Mais un gardien leur fera très vite comprendre qu’ils n’ont rien à faire ici (même comme témoins) ; que ce n’est pas leur fête et qu’ils fassent comme si de rien n’était (tu parles !!).

La nourriture arrive dans de grandes marmites, cela a été préparé les ados (les autres !). Comme j’y suis convié, je m’installe avec les deux filles et les quelques personnes de leur famille (pas leurs parents !). Le repas est plutôt bon et copieux, et l’ambiance est franchement détendue. Presque trop quand débarque dans la cour un orchestre de "Mariachi" : 8 musiciens typiques (violons, trompettes, basse et guitares) en costumes traditionnels. Déborah, qui travaille sur le projet depuis le début, et qui fait partie des gens qui ont pleuré à chaque représentation, a mis de sa poche pour faire venir les Mariachis aujourd’hui. C’est bien évidemment très généreux de sa part et plutôt sympathique mais l’ambiance commencerait presque à virer "club-med" et cela en deviendrait indécent.
Enfin, pour le coup, cela permet de lancer la danse et les chants. La directrice de la prison invite à danser Remundo et j’enchaîne aussi sec avec Laura. L’atmosphère est vraiment à la fête, certains parents chantent, tout le monde est très détendu, de gros gâteaux arrivent pour le dessert. Mais enfin, tout a une fin, et c’est cette fois-ci le moment tant redouté des adieux. L’allégresse générale rend ce moment plus facile. Après s’être mutuellement écrit de petits mots à chacun (petite dédicace de l’affiche du spectacle), nous lançons les embrassades avec un pincement au cœur, adouci par la promesse de se revoir en octobre prochain. Un autre projet est en cours sur SAN LUIS dans lequel les enfants seront intégrés (ceux ayant été libérés seront les bienvenus !). Nous repartons tout de même avec quelques présents offerts et fabriqués par les ados (petits bracelets et spécial cadre pour Barbara…). Miguel-Angel nous aura fait un discours très émouvant. Et c’est d’ailleurs maintenant, plus qu’à 2 ou 3 heures de Paris que j’ai les boules qui remontent franchement. Ces mômes étaient vraiment incroyables. Je crois qu’on est tous devenus de véritables "amigos" et je sens vraiment maintenant qu’ils ont énormément compté pour nous, autant qu’on a compté pour eux…
Merde ! Je suis à deux doigts de chialer… On verra plus tard pour la suite, il est déjà 7h du mat pour Paris et je n’ai toujours pas dormi. Hasta luego !!

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