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29 janvier et 2 février  3 février 2005 par Barbara Boichot
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29 janvier - Aujourd’hui, 10 personnes se sont mobilisées pour taper tous les journaux des enfants en Espagnol, afin que nous ayons les textes pour le troisième volet de ce projet en 2006. Un opéra avec leur mots, composé par Horia Surianu, chef d’orchestre et compositeur de l’orchestre du conservatoire de Bagnolet. Ce sont des gens qui ont été touchés par notre travail et qui se sont portés volontaires. Ça met du baume au cœur. Les représentations se passent très bien, les enfants sont d’une constance incroyable, ils s’approprient le spectacle de plus en plus. Les institutions sont étonnées du résultat, tout le monde les regarde autrement. La directrice nous soutient maintenant à 200%. Vendredi, nous avons joué officiellement pour Alexandre. Fred de l’alliance a annoncé que nous jouions pour « un ami à nous ayant travaillé un mois et ne pouvant être présent ». Les enfants m’ont dit qu’Alexandre était très heureux de savoir ça.

Jeudi 3 février 2 heures du matin
Voilà, nous sommes rentrés hier, et je suis en plein décalage horaire. J’en profite pour écrire le dernier petit journal de cette merveilleuse aventure. La dernière du spectacle a eu lieu dimanche à 12 heures 30. Une salle plus que pleine. 400 Spectateurs pour une jauge de 300. Les marches pleines, des gens debouts, et des comédiens supers concentrés et plein de l’énergie et d’émotions d’une dernière. Je ne fais jamais dans la « sensiblerie », mais l’émotion de cette « fin » m’a fait monter les larmes aux yeux. Je n’ai dit qu’une chose en fin de spectacle : « Merci aux familles, vous avez des enfants formidables », je pense que c’était bien la première fois que quelqu’un leur disait cela.

Nous avons ensuite été à la prison pour un dernier repas avec les ados. Les parents étaient avec nous, les organisateurs également, les parents de Sanabria et ceux de Sué et Hugo. Les enfants m’avaient écrit des lettres merveilleuses, et fabriqué des cadeaux comme un joli cadre, des bracelets… Nous avons mangé, dansé… Les ados respiraient le bonheur. J’avais demandé à ce qu’Alexandre et ses parents fassent partie de la fête, la directrice était d’accord, mais la directrice juridique (que je n’avais jamais vue et dont j’ai appris l’existence ce jour) a refusé. Du coup avec Alain, Nico et Adriana, nous avons forcé les barrières (puisqu’ils avaient séparé les enfants en deux groupes : ceux qui avaient joué et les autres) et nous sommes allés embrasser Alexandre et nous avons pu lui parler tranquillement. Il a été très bavard et chaleureux. Surtout ravi de voir que nous avions réussi à être près de lui. La maman de Sanabria avait tricoté des bonnets Rasta pour tous les ados et il y en avait un pour lui également.

D’ordinaire, nos ateliers réveillent les enfants et éventuellement les quelques adultes présents et ayant pu voir l’évolution de chaque individu durant cette période de travail, mais là, les choses sont allées beaucoup plus loin. Nous avons assisté à la transformation radicale de la directrice de la prison, maintenant convaincue de l’intérêt d’un tel travail sur le moral et la réflexion des enfants. Les institutions, qui ont annoncé officiellement leur souhait de pousser à 18 ans l’âge d’entrer en prison pour adulte (au lieu de 16). La volonté de trouver des budgets pour des psychiatres et une formation pour les gardiens. Les gardiens qui d’ailleurs m’ont dit être épatés de voir à quel point nous gérions mieux la discipline qu’eux même. Les institutions Mexicaines sont déjà partantes financièrement pour que je puisse intégrer les enfants qui seront encore en prison en octobre dans le projet de l’orchestre, et qui ont déjà planifié mon retour également en novembre pour faire tourner ce spectacle lors d’un festival national de théâtre dans l’état de San Luis Potosi.

Ils ont également trouvé les budgets, afin que Miguel et Adriana continuent les ateliers d’écriture et de correspondances avec la ville de Sevran. (J’ai oublié de dire que les courriers des enfants de Sevran sont arrivés et que les ados de la prison ont maintenant leur correspondants). Les ateliers commencent jeudi. C’est à dire aujourd’hui. Nous aurons des nouvelles, puisque je souhaite savoir dans quel état sont les enfants après une telle aventure. Durant tout le mois, j’ai vu par exemple Javier, dynamique, souriant, énergique, et le jour de la de dernière, alors que nous étions tous en train de danser dans la prison, il était entouré de ses parents, noir et sombre comme jamais je ne l’avais vu. La directrice et la psychologue m’ont dit qu’il était toujours comme ça. Ils ont également écrit dans leurs journaux jusqu’en dernière minute, et nous aurons les traductions cette semaine également.

Voilà, je crois qu’il y a encore beaucoup de choses à dire… Mais je vais m’arrêter là. Merci à tout ceux qui ont suivi l’aventure de près ou de loin. Merci aux nombreux encouragements venus du monde entier. Je continue à mettre en ligne les journaux des enfants et nous verrons ensemble ce qu’ils deviennent.

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