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Kankan pillée  10 avril 2007 par Michel Rousseau
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Le kilomètre 36 marque la limite de la ville de Conakry, c’est un capharnaüm permanent où se bousculent les milliers de véhicules en partance et de retour de l’intérieur du pays, la foule des voyageurs et leurs montagnes de bagages qui s’empilent jusqu’au ciel sur les galeries des taxis, les autorités de toutes sortes en quête de contrôles rémunérateurs, les petits étals qui alimentent jour et nuit cette ébulition en achats de dernière minute. C’est un concentré de Conakry, une dernière épreuve bruyante et poussiéreuse, comme pour mieux apprécier le contraste avec la savane qui se déroule ensuite toute en collines jusqu’à Kankan, parsemée de villages de cases délicatement installés, de baobabs qui s’observent crânement comme des sémaphores, d’énormes manguiers qui accueillent l’heure du thé.

Kankan est la deuxième ville du pays, peut-être la troisième. Elle a beaucoup de charme, il s’en dégage une réelle harmonie, un équilibre tranquille de constructions aérées avec de nombreux arbres qui procurent une ombre salutaire en cette période de canicule. On imaginerait volontiers une vie douce ici, loin du brouhaha et de la pollution de la capitale, mais la réalité est toute autre. A l’époque du premier président Sékou Touré, la ville était alimentée en eau, électricité, une voie ferrée la reliait à Conakry. Aujourd’hui tout a dispau, les rails ont même été démontés pour être revendus. L’ère socialiste tyrannique a laissé la place en 1984 à un général qui n’a eu de cesse de piller le pays à son propre compte et celui de ses "amis" occidentaux. En réalité, il n’y a pas d’amis, il y a seulement des intérêts (dixit De Gaulle). C’est cette paupérisation grandissante qui a poussé le peuple guinéen à bout, et provoqué la révolte spontanée qui a enflammé tout le pays le 22 février dernier. (JPEG) A Kankan, les traces des émeutes sont impressionnantes. Tout ce qui représentait de près ou de loin l’état, a été systématiquement saccagé avec un acharnement incroyable qui témoigne de la volonté d’en finir avec le régime de la corruption et tous ses symboles. Les édifices publics n’ont plus aucune fenêtre, ni porte, ni toit. Les archives de la préfecture ont été brûlées, ce qui va poser des problèmes certains sur le plan administratif. Mais le peuple a parlé, c’est la première fois depuis que la Guinée est un état souverain, et il sait maintenant qu’il en est capable. Alors les dirigeants ne pourront plus agir en toute impunité...

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