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Six bleus et quelques bleus  8 septembre 2008 par Michel Rousseau
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Vendredi 5 septembre 2008, 17H30, c’est parti. J’ai qualifié pompeusement de "premier festival international de théâtre de rue de Bichkek", les trois jours d’interventions que nous projetons dans la capitale kirghize. Les autorités ne sont pas informées-la presse tout juste la veille-pour préserver la spontanéité de la démarche et nous prémunir des excès kafkaïens des galonnés délivreurs de tampons. Nous sommes six pour l’occasion, kirghizes, français et belges, ce qui fait peu de différence en réalité sous nos maquillages bleu intégral, et tenues tout aussi uniformes de touristes extra-terrestres en quête de leurs presque semblables kirghizes.

(JPEG) Notre chœur de bleus s’installe en poses plastiques sur une fière statue soviétique, les portables se dégainent aussitôt par centaines de photo-textos mitraillés parfois jusqu’à bout portant. Le tour de chauffe est bon enfant, rassurant, la foule s’agglutine et suit le cortège insolite vers l’esplanade du centre commercial ZUM. Là, en trois minutes, le ton se durcit, le bon enfant perd sa candeur face aux vigiles accourues en nombre pour repousser l’invasion déjà très populaire. Les invectives claquent comme les coups de pied au cul, nous jouons crânement la résistance innocente avant de capituler. (JPEG) La police arrive, le spectacle y trouve étonnamment de nouveaux protagonistes : c’est maintenant le public qui défie l’autorité en prenant fait et cause pour les bleus, en vain. Retour à la loge plus tôt qu’espéré, mais quelque chose s’est fissuré dans la sphère écrasante des tabous, nous le découvrirons dès le lendemain.

Osh Bazar dimanche 7 septembre, troisième et dernier jour du festival. Les mêmes policiers dégageurs de la veille nous escortent maintenant à distance dans une volte-face étonnante. Les montagnes de légumes odorants et autres alignements de barbaques sanguinolentes font furtivement théâtre. Le boucher est un peu trop crédible dans son enthousiasme à décapiter le comédien français, ça se carapate en file indienne et fesses serrées, sur fond de grand coup de hache sur billot sonore. Le bon enfant règne à nouveau, troublé parcimonieusement d’insupportés vociférants et d’incrédules écarquillés. Le retour en marchroutka bondé est joyeux, ça badine sur les commentaires glanés ici ou la, les kirghizes de l’équipe sont ravis, ils en rêvaient depuis un moment, ils l’ont fait, et nous avec eux.

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