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Trois meurtres et un orphelin  16 septembre 2008 par Michel Rousseau
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Le soleil cogne encore fort au zénith, achevant de griller la steppe à plus de 3000m. Indira apparaît derrière la colline jaunie de la fin de saison, poussant à cheval le troupeau bigarré qui bèle son mécontentement de ce retour anticipé. C’est l’arrivée, bien qu’à l’improviste, de nos cinq sacs à dos crasseux après deux jours à cheval, qui a tout de suite déclenché l’ouverture des festivités, à commencer par le "beshbarmak" (plat national kirghize) qui sonnera le glas d’un mouton bien gras.

Malgré la poussière brassée par le troupeau, Zarylbek remarque tout de suite qu’Indira n’est pas accompagnée du chien. Sans attendre, il part à pied à sa rencontre, ce qui dénote l’importance de la situation : c’est tellement rare de voir un kirghize marcher à pied autrement que pour aller chercher son cheval. Indira cède sa monture, Zarylbek part au grand galop et disparaît derrière la colline. Elle est fébrile, elle a laissé là-bas à la garde du chien, un mouton à la patte folle ; avec ses quinze ans, elle n’a pas réussi toute seule à charger la bête sur le cheval comme elle aurait du.

La tension est d’un coup palpable dans le vallon si paisible il y a à peine quelques instants, les occupants des trois yourtes sont sortis et se sont accroupis le regard tendu vers la colline. Les minutes s’égrennent, Indira est de plus en plus nerveuse. (JPEG) Le chien apparaît au loin, trottant seul, il contourne soigneusement les yourtes pour se cacher à bonne distance, annonçant un mauvais présage. Enfin Zarylbek arrive avec la brebis posée sur l’encolure de son cheval, mais la bête est morte avec un énorme trou dans le flanc gauche, les côtes arrachées laissent apparaître ses entrailles... La tentation était trop forte, le chien ne sait pas encore que ses heures sont désormais comptées.

(JPEG) De son cheval, Zarylbek laisse tomber à l’entrée de la yourte, comme un vulgaire sac d’avoine, la carcasse sanguinolante. Il s’en occupera plus tard car pas question d’offrir à ses hôtes une bête en si piteux état. Il repère une chevrette bien dodue au milieu du troupeau pendant que sa femme Aygul prépare les bassines et les ustensiles. Une fois la bête solidement ligotée et déjà largement inquiète de son sort, nous sommes tous conviés au traditionnel "omin" (amen) avant l’égorgeage et le savoir-faire minutieux qui déclinera la chèvre en beshbarmak. (JPEG) Les novices de l’équipe ont un peu de mal avec les entrailles tricotées main et autres gras doubles à pleines poignées. Le thé noir aide à faire glisser le tout, l’odeur de mouton imprègne la yourte pour la nuit étoilée, glaciale et pelotonnée en ronfleries de concert.

Au matin, un tout jeune chevreau bèle encore sa mère disparue.

(photos P.Larderet et JL.Prevost)

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