Alors que les "spécialistes" sont en train d’essayer les 17 mobs qui partiront pour la première étape de 230 km dès demain matin 7h, que d’autres achètent des masques de chirurgien avant que la poussière ne nous bouche les narines, Michel et moi continuons de rendre compte de ce périple. Michel bosse la chronologie, les rencontres sur le site : www.passeurs.net , site qu’il a monté exprès pour l’occasion, et que je vous incite à lire avant de poursuivre la lecture de cette longue (pardon) chronique.
Je vais, pour ce qui me concerne, faire parler mes petits camarades. Pour se faire, j’ai posé 3 questions suite à notre première étape
1 - quel est le moment le plus fort, poignant ou émouvant que tu as vécu sur ces premiers jours ? 2 - Quel est le plus drôle ou insolite ? 3 - Qu’est-ce que tu as envie de dire à ceux qui nous lisent ?
Voici les réponses : STEF (d’Albedo) : 1) Les petits enfants qui ont peur de nous, qui ont peur des blancs. Et puis, la rencontre avec les habitants de Toukouro (village paumé de chez paumé) notamment avec une femme qui allaitait son enfant. J’étais entré dans sa case (on rentrait partout dans le village), ça sentait pour moi la décharge (pardon d’être blanc) et elle me regardait sans surprise. Je me suis senti horriblement déplacé. Enfin, un truc qui m’a fait mal, voir des mecs faire de la soudure avec des lunettes de soleil... Je me disais, ces mecs vont devenir aveugles très vite, et ils le savent qu’ils sont condamnés. Comment peut on sacrifier la vie ? (Alors, il a pris leur adresse pour leur envoyer dès son retour des lunettes de soudeur) 2) Ce qui m’a le plus éclaté, c’est le personnage du marquis (à cheval) au spectacle du soir dans le village. Juste retour des choses, que de voir ce personnage symbolisant le colon type, tourner en ridicule... Totalement en décalage. Et puis leur notion de l’argent, très différente de la nôtre. 3) Juste dire qu’avec le pognon que coûte les fêtes de Noel, on peut faire autre chose...
DOUME (KKHuète) 1)Les petits enfants et leur bonheur à regarder les spectacles. Beaucoup de candeur, beaucoup d’innocence et de joie dans les yeux qui nous regardaient jouer. Moins positif, la vision de la misère qu’on peut avoir, nous, européens. 2) Les femmes, magnifiques par leur timidité, leur bonté, leurs rondeurs, transmettant le meilleur dans leurs regards. Tellement de choses si semblable entre les femmes et les enfants. 3) Venez nous rejoindre, et si vous ne pouvez maintenant, prévoyez de venir.
STEFF DEPONT (ancien champion de France de Trial et motard-tiste chez Archaos) 1) Le truc qui m’a le plus touché, c’est un gamin qui est venu me présenter son cahier d’école. Il ne me demandait pas d’argent, il voulait que je devienne son correspondant, comme ça, s’il recevait des lettres de France sa mère le récompenserait. (Alors, je ne résiste pas), écrivez lui une petite carte au petit bout, voici son adresse : Clément Sébégo BP 13 S/C de Traoré Dyénébar Bobo-Dioulasso Burkina-Faso 2) Me font marrer ? le contraste entre les artistes français et africains. Parfois, vous êtes plus africains qu’eux... Les noms des véhicules ou des restaurants (l’un de nos 9 places -le moins dézingué s’appelait "Super Missile".
YVON (du Transe) 1) Notre passage dans le village de Toukouro. Emotionnellement, c’était tellement fort que je savais plus ou j’étais. J’étais total déconnecté à voir ces femmes qui dansaient (pendant la parade dans le village) et les gens qui regardaient. Il y avait de l’électricité dans l’air. Et puis, Pascal (Larderet) dans son numéro de clown -MAX-,qui fait faire la forêt au public en levant les bras. En France, faut le dire vingt fois, ici, en une fraction de seconde, tout le monde le fait. 2) Le Marquis dans sa séquence de dressage de cheval et tout à coup, cette hystérie de rires. 3) Venir ici, une fois dans sa vie. Sortir de la ville, des routes, trouver la qualité du quotidien avec des rapports sains.
BARBARA (des Colbok) 1) Moussa, notre chauffeur (aller et retour de Ouaga-Bobo-Ouaga). Il a quarante ans, et ici, l’espérance de vie n’est que de 47 ans. Il considère, avec un naturel désarmant, qu’il est arrivé à a fin de sa vie. 2)Les super éclats de rire sur les spectacles. la sortie en slip (avec KKHuète pour l’inauguration du festival Yelen). Le décalage permanent que nous vivons. Tout me fait rire. 3) Je me prends une énorme claque et j’aimerai bien que les gens que j’aime vivent ça.
FLORENCE (d’Albedo) 1) Le silence ! Il est vécu comme un moment de grâce, et pas comme un moment angoissant. Le silence, ici, est chargé d’intention. Je suis sidéré que l’école soit payante et comme tous, touchée par la misère d’ici, les enfants livrés à eux mêmes. Et puis, lorsque nous étions en slip (avec KKhuète) j’ai vu une femme musulmane se faire battre par une autre femme parce qu’elle avait osé nous regarder. 2) En Bigbrothers, on a surpris un charretier avec ses ânes. Lorsqu’il nous a vu, il s’est enfui d’un côté, abandonnant ses ânes, qui n’en demandant pas tant, se sont barrés de l’autre côté en courant et en brayant. 3) Parce que nous sommes venus en artistes, nous sommes en rapport plus sain avec les gens. Le blanc est théoriquement considéré comme un touriste à plumer. Le fait qu’on mouille notre chemise, qu’on soit proche des gens notamment par nos interventions proches, nous confèrent une sorte de respect. C’est vraiment l’un des moyens pour le blanc de ne plus être considéré comme un colon, de venir avec un rôle à jouer et plus d’humilité.
Bon, j’arrête pour ne pas être trop chiant, mais il y en a 14 autres... On ne sait pas si on pourra continuer à mailer longtemps, car demain on s’éloigne des grandes villes. En tout cas, n’hésitez pas à réagir... posez des questions, ou indiquez nous que tout ça ne tombe pas que dans les oubliettes.... L’expo sera super, parce qu’elle ressemblera au Burkina. Enfin, pour terminer, un dicton burkinabé : " Ce n’est pas forcément celui qui mange le plus de haricots, qui pète le plus fort"