Nous contacter
Liens
Passeurs > Burkina Faso > Chroniques
Article précédent Article suivant
6ème chronique du Burkina : Ah les cons !!!! Ah, le fric  5 janvier 2003 par Jean-Luc Prévost
Zoom texte

Chronique en deux parties, parce qu’épique en diable.

1) LE SPLIT

Vu le rythme d’enfer imposé par l’organisation de Pascal, on se retrouve souvent après 5h de piste en mobs, à descendre le matos du toyota neuf places, à s’installer dans des loges plus que précaires, à jouer 4 déambulations dans les villages de 16h à 18h, et par insconscience sans doute, on remet le couvert à 20h15 avec une sorte de cabaret foufou, dans des conditions incroyables. On l’a fait plusieurs jours de suite, d’ou les malades, les épuisés, les fatigués du ciboulot, et pourquoi ?

Théoriquement, dans chaque endroit ou l’on joue, un organisateur s’est occupé de la logistique, des groupes invités et de l’accueil. La première partie du périple s’est superbement passée, parce que Mani du groupe Farafina travaille depuis longtemps entre la France et Bobo, et d’une certaine manière a imposé une organisation rationnelle.

Bref, le LOFT, à côté de ce que nous vivons au jour le jour, c’est vraiment de la merde (bon, tout le monde le savait, certes). Donc, trois personnes sont sortis du groupe et ont préféré pour des raisons diverses (dont une justifiée) de se barrer. ça a un peu chié, genre TF1 aux plus fort taux d’écoute. Les propos, eux, sont un peu moins intéressant. En fait, il s’agit surtout de problèmes liés au fric. Il faut savoir que nous avons, tous, payé ce voyage avec nos propres deniers et exceptée l’aide de l’AFAA, nous avons du tout de même déboursé le prix des billets, mis mille balles chacun dans un tronc commun quicouvre tout ce qui est transport, et le reste est à notre charge personnel : bouffe, logement, extras, etc... Même si la vie n’est pas chère, au bout du compte l’addition n’est pas forcément hyper économique. En tout cas pour certains, ça a été le cas. Donc Houcine, Mouss et Julien, tous trois du Transe nous ont quitté hier matin. Je sais qu’ils nous liront dès qu’ils seront de retour dans la froideur hivernale et on les embrasse tous. Mais, tout de même, ça jette un froid !!! Les troupes fatiguent et parfois, ça discute ferme.

2) Gorom-Gorom Après une soirée assez délirante à Dori, parce que le public était tellement chaud et content que le cercle s’est resserré pendant toute la prestation et le spectacle s’est fini dans les rires, la bousculade et la musique, nous sommes partis à 24, le lendemain matin pour Gorom-Gorom (78 Km).

Arrivée superbe avec 200 personnes qui nous attendaient en chantant et en dansant. Génial ! Puis, les hébergements, une maison pour la moitié du groupe, l’auberge populaire pour l’autre moitié du groupe. Pas de problème ! C’est après que les choses se gâtent : on décide de faire un spectacle en soirée, et la déambulation le lendemain. Théoriquement, deux groupes sont prévus pour jouer avec nous. Pascal avait donné du fric en amont pour qu’on aille les chercher (Ils habitent dans le désert à 90 km). Pas de groupe, pas d’endroit pour jouer, on doit payer une taxe pour jouer (c’est ce qu’on fait ici), on doit payer les coulisses, on doit payer les ampoules, on doit faire l’installation électrique nous -même, on doit payer des mecs pour entretenir quatre feux de camp délimitant l’espace, on doit fournir les boissons et le logement aux pots de colle (amis de l’organisateur sur place), etc, etc. Bref, on se fait enfler d’une force !!! L’après midi, 4 d’entre nous ont fait un boulot de négociation d’enfer pour essayer d’arranger les choses et le miracle a eu lieu avec un superbe spectacle en soirée (sans les groupes).

Le lendemain, tout s’est rajouté : les prix avaient variés, l’auberge avait enflé ceux qui y étaient, une sorte de conspiration s’est mis en place pour essayer de nous faire cracher le maximum au bassinet ! Putain, quels cons, quels naïfs nous étions ! Mais qu’est ce qu’on croyait avec nos échanges culturels, notre générosité, nos spectacles gratuits ? C’est pas, nous, pauvres cons d’artistes qui effacerons des centaines d’années de rapport : blanc = riche/noir = pauvre.

L’économie des pauvres, c’est déjà d’obtenir le maximum des riches. Oh, putain, la prise de conscience.... On s’marre, tous, de ce qu’on vient de vivre, naïfs que nous sommes. Du coup, on a décidé de partir, non sans s’être fait enfler une fois de plus par le proprio des coulisses qui exigeait du fric, alors que c’était sensé être gratuit. Les flics s’en sont mêlés, insultes et mots doux... On s’est cassé en vitesse de ce piège à cons et jamais on a été si rapide sur la piste. Nous sommes revenus à Dori, et les amis qu’on avait laissés là étaient franchement heureux de nous voir revenir, sans être étonnés le moins du monde de ce qui nous était arrivé.

Qu’est ce qu’on se marre, pas un jour n’est semblable à un autre... Sinon, rien de plus grave : une pelle en mob de Doumé, deux gastro, et puis, suite au prochain numéro : KAYA, demain.

Merci à tous ceux, et ils sont nombreux, qui nous font des coucous ou des petits mots que nous dévorons, et "crotte" pour la seule qui nous a critiqué (qu’on s’imagine que c’est d’la jalousie à 3frs50.

Haut de la page