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Kita
Cet article a été publié le 20 février 2009 par Barbara Boichot dans la rubrique Mali

Le soleil rouge sur la canopée, les baobabs dénudés, les routes de poussière. L'équipe prend le rythme malien, la chaleur engourdit les mains et l'esprit. Dans la salle de réunion de la mission catholique où nous logeons Bina, Brahima, Léo et François caressent leurs instruments sous les pales énervées des ventilateurs. Max, Florence, Alain et moi courrons à travers le village pour rencontrer les dignitaires locaux dans des salons sombres et secs. Madani et Soloba ont foi en cette rencontre, leur confiance est fraîche et nous donne la foi à notre tour. Je passe la matinée avec Tassenou, encore une fois. Ses mains câleuses empoignent un outil tordu et usé et frappent avec mesure un bout de bois minuscule pour en faire un peu de magie. Ses yeux percent mon cœur et sa main dans la mienne. Karim et son sourire. Nous partons un matin en pleine brousse dans le village de Dambana. Le fils de Soloba, Samako nous accompagne à travers des routes sur lesquelles se reflète la lumière. Les cases en terre crue, les toits de paille abritent des familles entières. Dans un jardin, un môme tire une panse pleine d'eau pour donner vie aux tomates. Les chèvres broutent paisibles à l'ombre d'un manguier. A Kita elles s'entassent sur les tas d'ordure. Nous sommes à la campagne. Les enfants courent après nous, une tornade humaine à la mode toubabou. Leurs cris et leurs rires à jamais flanqués dans ma mémoire. Quarante mains dans la mienne dans une effusion débordante, comme un pied de nez à l'histoire. Sous un préau dans l'école du village, une foule se rassemble pour voir A y'a fô. Les musiciens sont fatigués d'une longue journée et d'un soleil de plomb. Qu'importe ils donnent tout ce qu'ils ont. En vivant des moments aussi puissants et précieux, il est dur de rester calme et la tête claire. La joie dans la misère, l'espoir au bout de tout. Et nous c'est quoi ? Ça résonne et c'est tout. Et c'est déjà ça... Nous disons au revoir à Kita, à la sueur de ces femmes qui plongent leurs mains dans la boue, qui remuent ciel et terre pour dire merde au destin. Nico