- Semaine qui suit le voyage 1er juin 2006
J’ai des images. Pas des images de cinéastes, mais des images qui ont leur intérêt. J’ai une mémoire du voyage. Comment prolonger... Je ne sais pas encore. Je cherche, je dois trouver de l’aide technique et matérielle, je veux montrer les enfants des cours et des rues aux enfants de mon atelier théâtre, je veux préparer un projet théâtre à partir des jeux de mains, je voudrais repartir tout de suite, au Liban, je veux construire le pont de corde qui me permettra de passer de l’autre côté, et puis après des (...)
- Jeudi après-midi 18 mai 1er juin 2006
Mon homme est maronite. Les amis, la famille de mon homme sont maronites. Je ne connais le Liban que par les maronites. Je ne connais pas le Liban. Je me décide enfin à franchir le quartier Ouest, l’estomac noué. Il y a une raison objective à cela. L’image n’est pas perçue de la même manière ici. Et puis, il y a une peur irrationnelle, entretenue par mon entourage, par les actualités, par une méconnaissance. Je doute. Le sens de ma démarche s’éteint, je ne lui accorde même plus le pouvoir-prétexte à rencontrer des (...)
- A l’aéroport Paris 21 mai 2006
L’avion tourne au-dessus de l’aéroport avant de se poser, pour cause d’orage. Il finit par se poser, et mon corps aussi, mais tout le reste plane dans une espèce de no man’s land, ne veut pas se poser et ne peut pas repartir.
Dans ma tête, je prépare un courrier à Hani, un professeur-chercheur (d’insectes) que j’ai rencontré dans le Nord Al Jord (le bout du monde) lors de mon précédent voyage et avec qui je suis restée en contact. Je l’ai vu juste avant de prendre l’avion. La caméra était déjà dans les (...)
- Samedi 20 mai 20 mai 2006
Mon homme dort dans le chalet de Jounié. Pas une vague qui frémit à la surface de la piscine olympique. Un peu plus loin, la mer est assez calme elle aussi. Je filme. Sur ma gauche, les deux cheminées dont l’une crache du noir, et en arrière plan, Beyrouth à peine visible dans la brume. Panorama. Je longe la jetée de pierre ocre qui s’avance dans la mer et qui obstrue l’horizon. Tout en filmant, je fais cette prière. « Que Mohamed vende tous ses tapis, sauf un. Le dernier, il le roulera, et le sortira du (...)
- Vendredi ap-midi 19 19 mai 2006
Sur le trottoir de marbre Miroir de la banque du Liban Un vieil homme joue du luth Et chante Des chants traditionnels
Sur le trottoir de marbre Miroir du passant du Liban Le vieux montre ses yeux Clairs bleus Palette de la mer
Sur la boîte en carton Miroir du pauvre d’ici et là Il a écrit : Dieu est Généreux Le passant parfois l’est
Sur les cordes du luth Miroir du poète du monde S’écrivent des paroles Non-dites Les paroles de l’âme
Sur son sourire aussi Miroir de la joie de la vie Le vieux dit : passe (...)
- Mardi 16 ap-midi, Mercredi 17, jeudi 18 matin 18 mai 2006
Je sillonne Beyrouth de rencontres en rencontres, de jeux en chansonnettes. Un marchand de cirage et semelles, un vieux marchand de pain au thym et sésame en forme de panier qui refuse - je lis dans ses yeux la futilité de ma démarche comparé au poids de ses années -, un chauffeur de taxi ancien danseur folklorique qui me fait rencontrer un jeune algérien danseur contemporain, un marchand arménien d’articles ménagers peintre qui refuse lui aussi, refus de donner de l’importance à son image, un vendeur (...)
- mardi 16 mai 2006 16 mai 2006
Dans la cour de l’école St Charles, la première adulte à qui je parle me dit que les enfants ne connaissent pas de jeux de mains. La prof de sport demande à sa classe de me faire une démonstration d’équilibres et de roues. Les enfants sont si curieux de ma présence qu’ils m’encerclent et me lancent une rafale de questions. Avec les enfants de l’atelier à Paris, j’ai commencé le film par un passage de chaque enfant devant la caméra. L’enfant dit « Le bonheur pour moi c’est :... ». Je demande aux enfants de St (...)
- lundi 15 mai 2006 15 mai 2006
Je marche jusque l’école Zahrat El Ihsan, la fleur du bien. Les enfants sont en récréation ce sont leurs cris qui me guident. Les garçons sont en pantalons gris et chemises blanches, les filles, chemises blanches jupe plissée rouge et verte. La directrice est en rendez-vous et la récréation touche à sa fin. Après la sonnerie, je comprends que la directrice n’est pas très disponible pour le projet. Je n’insiste pas.
A la communauté des Sœurs de St Vincent de Paul, je suis reçue par Sœur Magguy. Rapidement, (...)
- Dimanche 14 mai 14 mai 2006
Où commence le voyage ? Pendant le vol ou pendant les 37 années et 5 mois qui ont précédé l’embarquement ? Il semble parfois qu’il n’y ait que des commencements. Commencement de rêve, commencement de projet et moi solitaire. Pour ce voyage au Liban, une semaine, je n’ai rien projeté. Presque rien. Au dernier moment, le désir de filmer les enfants de mon atelier théâtre jouant aux jeux de cours de récréation. Ces jeux de mains aux paroles et gestes souvent insolites que les enfants enchaînent avec plus de (...)
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